« Amener ma planche dans le désert du Sahara. »
L'un des pays les plus fous
Mike Boisvert a passé un mois au Maroc en 2022, aux tout débuts de sa chaîne; c'était sa troisième ou quatrième vidéo. L'idée, dès le départ, c'était de mêler le skate et la culture, et le Maroc était l'endroit parfait pour ça, parce que ça ne ressemble en rien à l'Europe ou à l'Amérique du Nord. « Le Maroc, c'est l'un des pays les plus fous que j'aie visités. » Il est arrivé sans aucun contact, il est allé aux parcs et s'est fait des amis sur place, comme il voyageait avant qu'Instagram fasse les présentations. « Et du bon skate, des scènes folles, super underground. J'aime ça. » Selon lui, quand on met le pied au Maroc, on entre dans une culture complètement nouvelle. « Le monde arabe mêlé au skate, c'est incroyable. » Il veut déjà y retourner pour une deuxième partie.

Du skate depuis toujours, avec presque rien
Ce qu'il faut comprendre en premier, selon Mike : le skate existe au Maroc depuis très longtemps, mais il n'a jamais eu de soutien. « Alors c'est encore vraiment au ras du sol. Mais là, ils commencent à avoir plus de skateparks. » Il estime qu'il y a entre 5 000 et 10 000 skateurs. L'économie est difficile et il n'y a presque pas de skateshops; le matériel qu'on trouve vient d'Espagne et coûte cher, alors l'équipement est le problème constant. Rien de tout ça n'a freiné le talent. « Le monde est vraiment bon au Maroc malgré tout. » Mike connaît deux boutiques : Tamara, toujours active et « vraiment bonne », et Kololo Skateshop. Yassine Sellame est un autre nom sur sa liste.
Une histoire résume tout. À Casablanca, Mike avait besoin de souliers et il n'y avait pas de vraie boutique pour en acheter, alors il en a commandé une paire sur WhatsApp et le gars est venu les lui porter au skatepark. Mike a laissé sa vieille paire détruite sous un banc. Deux minutes plus tard, quelqu'un skatait avec. « Mais ils ont skaté, et ils étaient super contents. »
Nassim Lachhab
Nassim Lachhab (@nassimlachhab), de Rabat, est le choix numéro un de Mike. « Nassim, sans hésiter. » C'est le skateur marocain le plus connu et, pour Mike, le seul vrai pro qui a réellement grandi au Maroc; la plupart des skateurs marocains qui font carrière vivent en Espagne, et Nassim s'y est installé plus tard. « Nassim, c'est le boss. » JACKALOPE a une histoire avec lui. Il est venu à JACKALOPE Montréal en 2015, avant d'être aussi connu qu'aujourd'hui, et quand la pluie a commencé, il voulait tellement skater le set d'escaliers au Parc olympique qu'il s'est mis à genoux pour le sécher lui-même. Les photos de cette journée sont ci-dessous.


Amid Oubelaid et le reste de la liste
Amid Oubelaid (@oubelaid_hamid), d'Agadir, est le contact local de Mike et, selon ses mots, « mon chum ». « C'est une légende au Maroc, l'un des meilleurs skateurs. » Il a fait beaucoup de compétitions et aussi des vidéos YouTube, et les deux ont tourné ensemble pour leurs deux chaînes. Il skate moins qu'avant, mais le verdict de Mike tient toujours. « C'est une machine. » Yessine Megherbi (@yes.seen), de Rabat, complète la liste de trois de Mike, qui le décrit comme le gars le plus cool qui soit.
Où skater
Le Skatepark Nevada, à Casablanca, c'est le gros morceau : le plus grand skatepark du Maroc et, selon Mike, peut-être le plus grand d'Afrique, même si celui d'Éthiopie pourrait être plus grand. C'est une immense plaza, et Casablanca, c'est la plus grosse scène du pays. « Tu y vas, il y a toujours des skateurs. Impossible qu'il n'y ait personne. » Mike était en ville pour le Go Skateboarding Day 2022 et a fait une vidéo qui montre tout le parc; les deux sont ci-dessous.
Le Taghazout Skatepark, près d'Agadir, est le numéro un de Mike pour skater, avec plus de transition et un esprit DIY. Quand il y était, c'était tranquille. « Maintenant, c'est toujours plein, plein, plein. Tous les soirs au coucher du soleil, il y a genre 200, 300 personnes qui y vont. » Taghazout est un village de surf, alors on peut skater et surfer le même jour, et le DIY de Taghazout est populaire aussi. Le Mirleft Skatepark est le plus récent, un parc de style plaza construit il y a environ un an par Wonders Around the World, avec une mosquée et l'eau derrière. Mike n'y est pas encore allé et veut s'y rendre. Rabat, de son côté, c'est « plus local et plus orienté street ».

Marrakech, une boutique de tapis et 30 jeunes
À Marrakech, un vendeur a fait visiter sa boutique de tapis à Mike. « Ils peuvent vendre n'importe quoi. » Mike, qui jure qu'il n'achète jamais rien, est ressorti avec un habit traditionnel et a décidé de skater avec. Il l'a enfilé le matin, est allé au skatepark public sans prévenir personne, et des jeunes au hasard l'ont filmé. La veille, Tony Hawk était passé au même parc, seul lui aussi. « Et c'est vraiment dur de skater en robe. » Le parc lui-même n'est pas le meilleur, dit Mike, parce qu'il n'y a pas de coping.

Le meilleur parc en ville appartient à Concrete Jungle Foundation. Il était privé, et Mike pense qu'il est ouvert maintenant. Une trentaine d'orphelins vivent dans le bâtiment juste derrière; ils skatent, et ils apprennent la vie à travers le skate. Mike a fait une vidéo sur le projet, et il a aussi visité deux projets de la fondation au Pérou. Il faisait chaud, de 35 à 40 degrés, et après que sa bouteille d'eau de deux litres a disparu dans la foule, Mike s'en est acheté une de cinq litres juste pour lui. Trente jeunes lui ont demandé une gorgée. « Alors j'ai juste continué à acheter de l'eau. »

Si vous y allez
La bouffe compte pour beaucoup. Un bon repas coûte environ 3 $, et le tajine, selon Mike, donne des superpouvoirs. À Marrakech, un gars l'a reconnu de YouTube et lui a offert une poutine. Merzouga fait partie du Sahara, « mais ce n'est pas vraiment le Sahara, le vrai Sahara. C'est un petit désert. » Pour Mike, ça reste la chose la plus cool qui soit, et on peut y faire du sandboard. Surfer à Taghazout a été un autre moment fort; la prochaine fois, il veut y aller seul plutôt qu'avec un tour organisé. Le pays lui-même, dit-il, est une vraie aventure.

Le frein, c'est l'équipement, et le manque de skateparks. Ce qui aiderait, selon Mike, c'est un Golden Ticket JACKALOPE, et il a déjà recommandé des skateurs marocains pour en recevoir un. « Il y a tellement de skateurs. Alors s'il y avait un Golden Ticket là-bas, ce serait malade. »

Mike Boisvert : « Le Maroc skate depuis toujours. Il n'y a presque pas de skateshops, mais maintenant ils ont plus de skateparks. Le niveau est vraiment élevé. »
Photos et vidéo : Mike Boisvert / The Skate Nomad. Photos de JACKALOPE Montréal 2015 : JACKALOPE. Une série du Skate Atlas de JACKALOPE, un pays à la fois, avec les skateurs qui y vivent. Voir tous les pays sur la carte.